EC3-01

Quelles sont les attentes ?

Les consignes officielles figurant sur les sujets de baccalauréat sont les suivantes :

Pour la partie 3 (Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire), il est demandé au candidat de traiter le sujet :

  • en développant un raisonnement ;
  • en exploitant les documents du dossier ;
  • en faisant appel à ses connaissances personnelles ;
  • en composant une introduction, un développement, une conclusion.

II sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l’expression et du soin apporté à la présentation.

4 attentes précises doivent être distinguées :

  1. La capacité de répondre à la question posée ;
  2. La capacité à organiser un raisonnement ;
  3. La maîtrise de connaissances pertinentes ;
  4. L’exploitation pertinente des documents.

Comment procéder ?

Conseils méthodologiques

Voici une démarche d’analyse du sujet et de structuration de la réponse. On suppose ici que l’on maîtrise l’analyse des différents types de documents, et que le sujet porte sur un mécanisme ou un processus économique ou social.

Etape 1 : analyser le sujet.

  • Il faut commencer par souligner les termes importants du sujet, identifier la ou les notion(s) à définir, la délimitation spatio-temporelle, le type de travail demandé.
  • S’agissant d’une démonstration, on repère le plus souvent un point de départ et un point d’arrivée: le sujet est compris entre ces deux bornes.

EC3-02

Étape 2 : identifier le thème du sujet et mobiliser des connaissances.

  • Retrouver le thème et la question du programme à partir du sujet.
  • Passer en revue ses connaissances au brouillon : Notions, Exemples, Contre exemples, Auteurs, Mécanismes, Outils de mesure… Dans un premier temps, on note tout ce qui est lié de près ou de loin au sujet, avant d’opérer un tri dans un second temps.

Étape 3 : analyser les documents.

  • Il ne s’agit pas de faire une analyse exhaustive des documents, mais d’utiliser ces derniers pour répondre à la question posée. Parfois, seul un aspect est en relation avec le sujet.
  • Un même document peut servir plusieurs fois, à différentes étapes de la démonstration.
  • Généralement, les documents sont utilisés pour illustrer le propos, ou procéder à une vérification empirique (d’une théorie, d’une relation). Mais on peut produire un travail plus riche en recherchant des relations entre les documents, en explicitant les mécanismes sous-jacents.

Étape 4 : travailler sur la structure en réalisant un schéma d’implication.

  • Identifier tous les chemins possibles allant du point de départ au point d’arrivée.
  • Organiser en ensembles logiques les enchaînements identifiés. Mais attention : les sujets de sociologie se prêtent moins à ce type de mise en forme que les sujets d’économie.
  • Tester chaque relation : y-a-t-il des conditions restrictives, des nuances ? Les étapes s’enchainent-elles logiquement ? Ne manque-t-il pas des étapes ?
  • Exemple de sujet (proposé par le manuel Nathan de terminale E.S. page 22) : A l’aide du dossier documentaire et de vos connaissances, vous montrerez comment l’origine sociale influence la destinée de chacun.
  • Proposition de schéma :

EC3-03

  • Remarque 1 : Une difficulté apparait lorsqu’il n’y a pas de point d’arrivée au raisonnement, et que le raisonnement s’apparente à un exposé. On peut néanmoins construire un schéma d’implication.
  • Exemple de sujet : Vous montrerez les limites de l’analyse néo-classique du fonctionnement du marché du travail.

EC3-04

  • Remarque 2 : parfois, le point de départ et le point d’arrivée sont confondus, et la relation est à analyser dans les deux sens.
  • Exemple de sujet : Analysez les relations entre le taux de change et la compétitivité.

EC3-05

Etape 5 : rédaction : il s’agit maintenant de transformer le ou les schémas obtenus en un texte clair et cohérent. Les idées doivent s’enchaîner logiquement.

  • Travail sur une brève introduction : elle comporte en général trois éléments :
    • Une accroche[1] ;
    • La définition(s) des notions importantes ;
    • La présentation de la démarche (plan) retenu.
  • Travail sur le développement :
    • Il reprend la logique du schéma construit à l’étape précédente sous forme de paragraphes argumentés séparés de transitions logiques (voir tableau ci-dessous). Ce travail doit absolument suivre un fil conducteur.

[1] il peut s’agir d’une statistique, d’un fait ou d’une citation qui amorce le sujet si possible en piquant la curiosité du lecteur.

Je veux …

Je peux utiliser l’un les connecteurs suivants :

Introduire une idée, un thème ou une information nouvelle : En premier lieu – D’abord … ensuite – D’une part … d’autre part – De plus … En outre – Par ailleurs – Puis – Enfin.
Préciser ou illustrer une idée par un exemple : C’est-à-dire – Par exemple – Notamment – En effet – Citons …
Apporter des preuves, des justifications : idée de cause Car – En effet – Parce que – Puisque – Comme – Étant donnée que .
Donner les résultats d’un fait : idée de conséquence Donc – C’est pourquoi – Par conséquent – Ainsi – Si bien que – Dès lors – D’où – De sorte que –
Reconnaître le bien fondé des arguments opposés : idée de concession Bien sûr – Il est vrai que – Certes – Même si – Quand bien même …
Réfuter l’argument opposé : idée d’opposition Mais – Or – Néanmoins – En revanche – Cependant – Au contraire – Toutefois – Bien que – Alors que – Pourtant.
Résumer ou introduire une conclusion : idée de récapitulation Pour conclure – En résumé – Finalement – En un mot –
  • Travail sur la conclusion : elle comporte deux éléments :
    • Un bilan (que l’on peut éventuellement présenter sous la forme d’un schéma simplifié)
    • Éventuellement : une ouverture.

Un exemple rédigé de raisonnement

Sujet : Comment les politiques structurelles de l’emploi peuvent-elles réduire le chômage ?

DOCUMENT 1 : Évolution des formes particulières d’emploi en France.

 

1975

1985 2010
Emplois précaires (en milliers) 217 752 3 191
Intérimaires 0 113 527
CDD 0 315 1938
Apprentis 165 178 395
Contrats aidés et stagiaires 152 146 331
En % de l’emploi salarié 1,24 4,17 13,5

Source : INSEE

DOCUMENT 2

EC3-06

DOCUMENT 3

Source : OCDE
Lecture : L’OCDE calcule chaque année un indice de rigidité des marchés de travail allant du plus libre (0) au plus réglementé (indice 6).

Proposition de réponse

Les économies occidentales ne sont pas encore remises de la crise survenue à la fin des années 2010, et qui s’est traduite par des taux de chômage à deux chiffres dans certains pays. Selon le Bureau International du travail, est considéré comme chômeur tout individu qui remplit 4 conditions :

  • être dépourvu d’emploi
  • être capable de travailler (disponibilité)
  • rechercher un emploi rémunéré
  • effectuer des démarches pour trouver cet emploi

Les gouvernements semblent avoir épuisé sans succès les outils conjoncturels classiques (politique budgétaire, politique monétaire). Ces derniers ont pour objet de réguler l’activité économique à court terme, mais les marges de manœuvre sont étroites, et les effets limités, puisqu’ils n’agissent que sur le chômage conjoncturel.
La réflexion s’oriente désormais vers des politiques structurelles. Comme leur nom l’indique, elles agissent sur les structures de l’économie et ne produisent leurs effets qu’à long terme. Plusieurs politiques permettent de lutter contre la composante structurelle de l’emploi : il s’agit en premier lieu de réduire les rigidités du marché du travail, puis d’agir en second lieu sur le capital humain et son employabilité. On peut enfin agir sur la composante technologique du chômage structurel par une politique industrielle visant à améliorer la compétitivité du système productif.

1. Des politiques visant à réduire les rigidités du marché du travail.
Le marché du travail est censé s’autoréguler comme n’importe quel marché. Dans une perspective libérale, la présence d’un chômage massif laisse supposer que des rigidités empêchent l’équilibre automatique.
Le premier débat porte sur la flexibilité salariale (qui trouve un écho actuellement autour du pacte de compétitivité). Il oppose l’approche libérale pour laquelle la présence d’un salaire minimum s’assimile à un prix plancher qui se situerait au dessus du prix d’équilibre, à un niveau ou l’offre de travail excède l’offre. Par ailleurs, la présence d’allocations de chômage présenterait l’inconvénient de réduire l’incitation à travailler pour un salaire modeste, et de générer un effet de trappe.
Mais la flexibilité s’applique aussi à des flux quantitatifs (internes ou externes) qui passent par des contrats plus souples que les contrats à durée indéterminée, ou à une flexibilité fonctionnelle qui suppose une certaine polyvalence des travailleurs (voir titre 2).
Les politiques de flexibilité apportent des avantages à l’entreprise. La flexibilité quantitative permet une adaptation à moindre coût aux aléas de la conjoncture (flexibilité quantitative et externalisation) qui réduit les coûts de licenciements. Elle offre également une plus grande souplesse dans l’organisation de la production (développement de la polyvalence, jeu sur la durée du travail) qui est ainsi susceptible d’accroître sa demande de travail.
Les politiques de flexibilité sont également favorables aux demandeurs d’emplois en améliorant leur employabilité. Un emploi flexible peut être un tremplin vers un emploi plus stable (expérience professionnelle). La flexibilité favorise la mobilité professionnelle, ce qui peut être un atout en termes de capital humain.
Une vérification empirique de la relation entre flexibilité et emploi est difficile. Le Royaume-Uni, dont l’indice de protection de l’emploi (autrement dit, de rigidité) est faible, se caractérise par un taux de chômage relativement faible, en particulier avant la crise de 2008 (avec seulement 5 % des actifs au chômage). A l’opposé, le Luxembourg, dont la flexibilité est faible, puisque l’indice de protection est de pratiquement 3,5 sur une échelle de 6 (document 3), a un taux de chômage plus faible que le Royaume-Uni. Seule l’Allemagne fait mieux avec 5% d’actifs au chômage.
Pour autant, la flexibilité n’est pas la panacée. En France, la proportion d’emplois flexibles est passée de 1,24% de l’emploi total salarié en 1975 à 13,5% en 2010, soit une multiplication de cette part par presque 11 (document 1). Or, le taux de chômage a connu une progression croissante à l’exception de la période allant de 1998 à 2002.
Pour lutter contre la précarité inhérente à ce type d’emploi, des politiques de flexicurité sont envisageables. La flexicurité est une politique pour l’emploi qui vise à combiner flexibilité du marché du travail et sécurisation des travailleurs. C’est au cours de la seconde moitié des années 1990 que va émerger le concept de « flexicurité » : celui-ci va en effet être popularisé à l’occasion de l’adoption, aux Pays-Bas, de la loi «Flexibilité et Sécurité», entrée en vigueur en 1999, et visant à assouplir les protections du contrat «permanent», en contrepartie de l’accroissement de celles accordées aux contrats temporaires (notamment l’intérim). Mais ce système est relativement coûteux, et la crise a considérablement réduit les marges de manœuvre.
2. Des politiques de formation et d’investissement en capital humain qui améliorent l’employabilité des demandeurs d’emploi.
La qualification est l’ensemble des aptitudes acquises par l’individu ou requises pour occuper un emploi. On distingue :

  • la qualification individuelle
  • la qualification requise ou qualification de l’emploi
  • la qualification officielle

D’un point de vue macroéconomique, la théorie de la croissance endogène a montré que la formation et la recherche sont un facteur de croissance.
A l’échelle micro-économique, la formation améliore les chances des salariés de trouver un emploi.
Les statistiques de l’INSEE révèlent que le taux de chômage des « sans-diplôme » est plus élevé que celui des individus ayant un diplôme supérieur à bac +2, même si tous les actifs subissent l’impact de la conjoncture (Document 2). Par exemple, au dernier trimestre de 2009, 6% des actifs ayant un diplôme supérieur à Bac+2 étaient au chômage, alors que 16% des actifs sans diplômes étaient sans emploi. Il y a donc un écart de 10 points.
Comment expliquer ce lien entre la formation et l’emploi ? La formation est le gage d’une meilleure productivité du travail et d’une adaptabilité de la main-d’œuvre recherchée par l’employeur. Les gains de productivité peuvent être utilisés de plusieurs façons (augmentation des salaires, baisse des prix, hausse des profits pour investir). Mais dans un contexte concurrentiel, ils sont susceptibles de permettre à l’entreprise d’améliorer sa compétitivité (c’est-à-dire son aptitude à faire face à la concurrence du point de vue des prix et de la qualité des produits), et donc d’étendre ses parts de marché, et finalement d’augmenter sa demande de travail.
Cependant, ce mécanisme a des limites : malgré la massification scolaire, le chômage de masse perdure dans certains pays comme la France. L’offre de travail qualifié croît plus vite que la demande et génère ainsi une inflation des diplômes.
3. Une politique industrielle visant à améliorer la compétitivité du système productif et à réduire la composante technologique du chômage structurel.
Ce sont enfin des politiques de restructuration industrielle visant à renforcer la spécialisation de l’économie dans des secteurs plus porteurs qui permettraient de réduire la composante technologique du chômage structurel. Ces dernières années sont marquées dans certains pays de l’Union Européenne par un recul de la part de la valeur ajoutée créée par le secteur industriel, à tel point que l’on parle parfois de désindustrialisation. Or, ce sont les échanges de biens et services qui déterminent le solde commercial et constituent l’un des moteurs de la croissance et de l’emploi. Ils constituent par conséquent un enjeu économique.
Il n’est certes pas possible de rivaliser avec les économies émergentes en termes de coûts de main d’œuvre. La seule voie envisageable semble être un investissement massif dans les nouvelles technologies et dans la qualité des productions, afin de conquérir de nouveaux avantages comparatifs, susceptibles d’engager l’activité économique dans un cycle de croissance à long terme. Tel est le cas par exemple dans la construction navale en France. Les Chantiers de l’Atlantique se sont fait une réputation dans la construction de navires haut de gamme dans un secteur ou les nouveaux pays industrialisés ont conquis la plus grosse part du marché.
Conclusion
Les mécanismes par lesquels les politiques structurelles de l’emploi permettent de lutter contre le chômage sont variés. Qu’il s’agisse de réduire les rigidités du marché du travail, d’améliorer la formation ou de promouvoir une véritable politique industrielle, les gouvernements se sont le plus souvent engagés dans des actions simultanées, avec des résultats inégaux. La composante conjoncturelle du chômage semble peser encore sur les décisions d’embauche des employeurs qui attendent toujours des signes de reprise.

Comment évaluer mon travail ?

Grille d’autoévaluation de l’EC3 : Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire /10 points

4 attentes Critères de réussite A1 AP2 NA3
1 – Réponse au sujet J’ai choisi des arguments qui présentent un raisonnement pour répondre à la question posée
2 – Organisation du raisonnement ·  J’ai fait une brève introduction qui présente ma démarche·  J’ai organisé mes arguments en paragraphes  chaque § présente une séquence argumentative-  les § sont liés de façon démonstrative
-·  J’ai fait une brève conclusion qui répond à la question posée
3 – Maîtrise des connaissances pertinentes ·   J’ai construit mon argumentation pour répondre au sujet :-  en utilisant correctement les notions du programme-  en expliquant correctement les mécanismes –  en m’appuyant sur des exemples ne figurant pas dans le dossier documentaire
4 – Exploitation pertinente des documents ·  J’ai cité les documents exploités·  J’ai lu correctement les informations·  J’ai exploité les informations :-  pour les données statistiques : traitement de données (calculs…)-  pour un texte ou un schéma : explication sans paraphrase·  J’ai sélectionné des informations dans les documents en lien avec le sujet
  1. Acquis
  2.  Acquis partiellement
  3. Non acquis.
Méthode de l’épreuve composée : raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire.
Étiqueté avec :    

2 avis sur « Méthode de l’épreuve composée : raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *