1.2 Comment expliquer l’instabilité de la croissance ?
Notions : Fluctuations économiques, crise économique, désinflation, dépression, déflation.
Indications complémentaires : l’observation des fluctuations économiques permettra de mettre l’accent sur la variabilité de la croissance et sur l’existence de périodes de crise. On présentera les idées directrices des principaux schémas explicatifs des fluctuations (chocs d’offre et de demande, cycle du crédit), en insistant notamment sur les liens avec la demande globale. On analysera les mécanismes cumulatifs susceptibles d’engendrer déflation et dépression économique et leurs conséquences sur le chômage de masse.
Acquis de première : inflation, chômage, demande globale.

Depuis la fin du XIXe siècle on observe une augmentation globale de la richesse produite à long terme. Mais elle n’est pas régulière, et subit des fluctuations économiques, c’est-à-dire une alternance de mouvements de baisse ou de hausse du rythme de la croissance économique. On parle alors de cycles.

1 – Qu’est ce qu’un cycle ?

Description d’un cycle économique

Un cycle est divisé en plusieurs étapes :

  • une phase d’expansion caractérisée par une augmentation de la production ;
  • la crise qui est le point culminant d’un cycle et qui se caractérise par un retournement de la conjoncture économique ;
  • une phase de récession marquée par la chute du taux de croissance (mais qui reste positif) ;
  • éventuellement, une phase de dépression marquée par la baisse de la production (avec un taux de croissance négatif de la richesse nationale) et une hausse du chômage (qui peut débuter dès la phase de récession) ;
  • la reprise qui est le point de retournement de la conjoncture vers un taux de croissance positif.

Repérage des cycles

Le repérage des fluctuations repose sur l’analyse des écarts pouvant exister entre la croissance effective (observée) d’un pays et la croissance potentielle (la croissance qui serait observée en l’absence de chocs exogène avec une pleine utilisation des facteurs de production) ainsi que sur l’évolution des prix, du chômage, du niveau des stocks, etc. Lorsque la croissance effective est supérieure à la croissance potentielle on parle de « surchauffe », les prix connaissent une inflation. Lorsque celle-ci est inférieure on assiste à une augmentation du chômage.

Identification de quelques cycles

Un cycle se caractérise essentiellement par sa durée et son amplitude. Il existe des cycles de court terme tel que le cycle Kitchin (fluctuation des prix de gros : 3 à 4 ans), des cycles de moyen terme tel que le cycle Juglar, (cycle des affaires selon un rythme ternaire : expansion, crise, liquidation entre 7-11 ans) et des cycles de long terme comme le cycle Kondratieff (25 ans environ).

2 – Comment expliquer les fluctuations économiques ?

Par l’évolution des prix sur le marché

L’activité économique fonctionne spontanément sur la base de fluctuations : les mouvements de prix sont inhérents à l’activité économique et sont nécessaires à l’ajustement des marchés, comme en témoigne le schéma suivant. Dès lors qu’un déséquilibre apparaît entre l’offre et la demande, c’est la fluctuation des prix qui permet le retour à l’équilibre, de façon automatique et spontanée (si les conditions de concurrences pure et parfaites sont respectées).

Les fluctuations liées aux prix

Par le rôle de la demande globale

J.M. Keynes pense que c’est la demande anticipée (qu’il appelle demande effective) qui est le moteur de l’activité économique : si les chefs d’entreprises anticipent une demande forte, il faudra alors fixer un niveau de production élevé, et par conséquent embaucher (et inversement en cas d’anticipation pessimiste). Il suffit d’imaginer que la demande sera faible pour provoquer cette situation. On parle ici d’anticipation (ou de prédiction) créatrice.

Dans une crise de surproduction telle que celle de 1929, l’auteur préconise une intervention de l’État. Sans cela, les chefs d’entreprises n’ont aucune raison d’investir et d’embaucher, puisque la demande est faible. A l’inverse, une politique de grands travaux peut relancer l’activité économique : la distribution des revenus liée à l’investissement public sera plus élevée que ce dernier : on parle d’effet multiplicateur (Le New-Deal de Roosevelt est l’une des premières applications de cette idée). Les producteurs vont anticiper une demande plus forte et investir à leur tour, ce qui va alimenter la reprise.

Le rôle de la demande dans les crise s’explique également par le comportement mimétique des agents économiques. Lorsque l’avenir est incertain, les producteurs ont peur de se tromper (que les recettes ne soient pas au rendez-vous), et pour tenter de ne pas prendre une mauvaise décision, ils imitent les autres entrepreneurs. On se retrouve ainsi enfermé dans un cercle vicieux.

Le cycle du crédit

Le crédit alimente non seulement la demande des ménages, mais aussi celle des entreprises qui ont des dépenses avant même de produire et de vendre, d’où l’expression “Les crédits font les dépôts”. Mais là encore, l’activité de financement n’est pas linéaire et explique l’évolution cyclique de l’économie :

Par des chocs

Demande Offre
Définition La demande globale adressée aux producteurs se modifie sensiblement de façon imprévue Variations imprévues des conditions de la production qui affectent les producteurs
Positif Il engendre une hausse de la demande, ce qui peut impulser une phase d’expansion (exemple : baisse des impôts des ménages qui augmente leur pouvoir d’achat) La production devient moins coûteuse et les débouchés des entreprises augmentent (exemple : innovations permettant de diminuer les coûts de production)
Négatif La demande globale diminue et peut conduire à une phase de récession (exemple : une diminution des retraites qui baisse le pouvoir d’achat de certains ménages) L’activité économique devient plus coûteuse, les entreprises les moins productives et compétitives risque de faire faillite (exemple : hausse du coût des matières premières)

La crise a des effets cumulatifs

La crise à des effets cumulatifs dont le scénario redouté est le suivant : la déflation, c’est-à-dire la baisse des prix, engendre une dépression économique (c’est-à-dire une diminution du PIB) qui alimente à son tour un chômage de masse. L’économie peut entrer dans un cercle vicieux.

Le cercle vicieux de la déflation

Ce phénomène est d’autant plus périlleux que les économies modernes, largement ouvertes aux échanges de marchandises et à la circulation des capitaux, sont interdépendantes d’un point de vue conjoncturel. Lorsque la demande d’un pays est affectée, ce sont les exportations de ses partenaires qui le sont également. L’intervention des pouvoirs publics apparaît alors nécessaire. Ces derniers mettent en oeuvre des politiques contracycliques pour atténuer les fluctuations de l’économie (c’est-à-dire diminuer l’amplitude des cycles).

Exemples :

  • Au Japon, la crainte de la déflation est à l’origine des Abenomics : cette politique mise sur trois objectifs (trois flèches) : l’assouplissement monétaire qui cherchent à insuffler un peu d’inflation pour inciter à la consommation à court terme tout en réduisant un peu la valeur de la dette publique (puisque la valeur de la monnaie nationale diminue), la relance budgétaire, et les réformes structurelles.
  • En Europe, la banque centrale européenne a également opté pour une politique monétaire souple (quantitative easing) destinée à lutter contre le risque de déflation, tout en cherchant à améliorer la compétitivité-prix des exportations. Le contexte (baisse du prix du pétrole) est favorable à cette politique.

Cependant tous les économistes ne sont pas d’accord sur les modalités de l’action, ni même sur la légitimité de l’action : pour les libéraux toute intervention de l’état dans l’économie est inutile et même perturbatrice. La flexibilité des prix est en mesure de rétablir spontanément l’équilibre entre l’offre et la demande. Selon la théorie libérale, les rigidités du marché sont les causes des crises de l’économie.

A consulter : les sujets de bac relatifs à ce chapitre.

Résumé : comment expliquer l’instabilité de la croissance ?

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